28 minutes | Mar 17, 2021

#128 - Sous le joug de l’algorithme, des livreurs pas tout à fait indépendants

Terminer une longue journée de travail, ouvrir son frigo et sentir monter la flemme de cuisiner. Après un court moment d’hésitation, se saisir de son téléphone, lancer une application de livraison et commander un plat cuisiné…. Cela vous est-il déjà arrivé ? Depuis 2013, ces plateformes ont largement contribué à modifier nos façons de nous nourrir en ville. Il y a pourtant toujours eu des réfractaires à l’ère de instantanéité et de l’ubérisation généralisées, du côté de restaurants comme d’une clientèle soucieuse de ne pas avoir recours à cette activité avilissante pour les travailleurs précaires.Mais cette dernière année, un élément perturbateur de taille aura contribué à asseoir l’hégémonie des Uber Eats et autres Deliveroo : la pandémie. Avec la crise sanitaire, ses confinements et son couvre-feu à 18h, ces plateformes ont pu tranquillement recruter chez un nombre grandissant de restaurants sommés de pratiquer la livraison, de clients sacrifiant leurs principes sur l’autel de la praticité et des nouveaux livreurs, poussés par le manque de perspectives professionnelles par ailleurs.Cette banalisation des services de livraison de plats cuisinés interroge sur le futur du secteur. À bien des égards : celui de la multiplication des “dark kitchen”, ces cuisines sans salle de restaurants, calibrées pour débiter des plats à emporter. Ou encore celui de la santé mentale des livreurs — et c’est ce dont parle l’épisode du jour. Sous le joug d’une constante recherche de productivité, d’un esprit de compétition ravivé par la pandémie et du fait d’être esclave d’un algorithme qui les note sans arrêt, leurs conditions de travail ne se sont pas améliorées. Pire : elles préfigurent sur le long terme une société définitivement contrôlée par les calculs.Dans cet épisode, Émilie Laystary tend son micro à Fabien Lemozy, sociologue et chercheur à l’institut de psychodynamique du travail afin de comprendre les impacts du métier de livreurs sur la santé mentale de ceux-ci. “Nous assistons à une industrialisation du rapport de service de livraison. Comme à l’heure du capitalisme industriel, on a ici des livreurs qui sont le maillon d’une chaîne, non plus mécanique mais algorithmique”, prévient-il.Les références entendues dans l’épisode :Amélie Quentel, « Couvre-feu, confinement…Le triomphe des plateformes de livraison », Reporterre (2021)Gurvan Kristanadjaja, « Uberisés. Travailleurs des plateformes : “Coronavirus ou pas, on bosse sinon on ne gagne rien” » Fabien Lemozy, « La tête dans le guidon : être coursier à vélo avec Deliveroo », La Nouvelle Revue du TravailSous la direction du professeur Christophe Dejours, et avec son collègue chercheur Stéphane Le Lay, Fabien Lemozy a travaillé sur le vécu des livreurs de plateformes, en les faisant discuter de leur travail sous forme d’entretiens collectifs.Bouffons est un podcast de Nouvelles Écoutes, animé par la journaliste Émilie Laystary avec l’aide en coulisses de Cassandra de Carvalho et Charline Yao.Montage et mixage par Laurie GalliganiGénérique réalisé par Aurore Meyer Mahieu
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